Revue Concert U2 du 6 décembre 2015 à AccorHotels Arena

Ca y est le jour J est enfin arrivé : après une agréable promenade dans Paris sous forme de jeu de pistes tout l’après midi, puis avoir copieusement réprimandé mon pote qui arrive à la dernier minute, nous partons enfin vers le grand frisson.

Arrivée à 18h30 devant Bercy, première déconvenue : une queue d’au moins 500 mètres, dont on ne voit pas le bout, nous nous demandons comment nous allons passer, et comment nous allons être placés (à noter la petite remarque de mon voisin de queue : « la vache, je pensais pas qu’il y aurait autant de monde pour Dorothée ! » 🙂 ). Après une heure de queue, deux fouilles et s’être embrouillé avec les habituels gratteurs qui passent devant tout le monde, nous arrivons dans la salle …

Découverte de la structure et de l’impressionnant écran, et excellente nouvelle : la scène est tellement bien conçue qu’il est très facile de se retrouver proche du groupe ! Pendant plus d’une heure, le public se chauffe, les olas commencent, ça sent bon …
entrés dans accorhotels arena
C’est le moment précis que choisit mon pote pour partir aux toilettes, malgré mes multiples mises en garde. Je ne le reverrai qu’à la fin du concert, le bougre se fait bloquer par les vigiles et se retrouve en fond de salle au motif qu’un petit bonhomme à lunettes vient de passer devant et monte alors sur la passerelle … les gens se mettent à crier, applaudir, hurler, une ferveur incroyable monte dans la salle : pas de doute, ça y est, Bono est dans la place, c’est parti !

« We are all parisians … »

Alors que le leader entraîne la salle survoltée dans une envolée lyrique de « oh oh oh », les autres membres arrivent, traversent la salle et prennent place … La guitare de The Edge fait alors hurler le riff de « The Miracle (of Joey Ramone) », la salle est plongée dans le noir, les gens sautent, l’ambiance d’un grand concert s’annonce d’office.

u2 entre sur scèneLe groupe ne laisse alors aucun répit aux fans et va faire monter la sauce avec trois titres d’une redoutable efficacité : « Out of control », « Vertigo » et « I will follow » … (à noter qu’arrivant un peu trop tôt à mon goût, « Vertigo » s’est révélée un peu moins efficace que sur les précédentes tournées, et aurait mérité des light-shows un peu plus conséquents, dommage …)

Après cette entrée en matière explosive, Bono s’exprime alors sur les attentats, d’abord en français, puis en anglais : « Nos prières sont pour vous, nous sommes vos serviteurs ce soir (…) Nous aimons Paris, nous sommes tous Parisiens ! ». Vive émotion de la foule, qui l’applaudit longuement.

I’ve got the light inside of me

Il est temps de faire place au nouveau répertoire, et aux nouveaux artifices de cette nouvelle tournée. L’écran s’allume et se déploie, une curieuse passerelle en descend, et révélera bientôt son utilité.

bono Bono annonce alors l’hommage à sa mère avec « Iris (Hold me close) », où il rassurera immédiatement le public sur l’excellente qualité de sa voix ce soir. Les lumières bleutées, et les animations sur l’écran rappellent assurément le Popmart Tour. Cependant, si la chanson passe bien, elle ne m’a pas totalement emmené, peut être parce qu’elle était vraiment très proche de la version studio et manquait d’originalité.

La première vraie bonne surprise du show viendra avec le titre suivant, « Cedarwood road ». La guitare de The Edge résonne furieusement dans la salle, le chant de Bono se fait entendre, et je le cherche du regard pendant quelques secondes : d’un coup, je l’aperçois : il est DANS l’écran (qui est en fait constitué de deux écrans géants collés à un mètre d’intervalle) ! L’effet est incroyable, les animations, calculées au millimètre, viennent s’enrouler autour de lui, pour l’intégrer à part entière dans le film, jusqu’au final explosif. Jouissif !

–> Voir prestation du 07/12 (Cedarwood road)

Le groupe enchaîne ensuite avec « Song for someone ». L’écran montre une animation représentant Bono encore adolescent, tentant d’écrire la meilleure chanson d’amour pour épater une fille de son lycée, une certaine Aly. « Je travaille toujours sur celle-ci », précise-t-il avec humour. Même problème que pour « Iris » selon moi, version trop proche de l’album, qui reste plaisante, mais sans plus.

Stronger than fear

Larry se rapproche alors du centre de la scène avec une caisse claire, et va lancer la seule déception de la soirée, sûrement parce que le morceau était de loin le plus attendu au regard du contexte actuel. De fait, le groupe va interpréter une curieuse version semi acoustique de « Sunday Bloody Sunday », qui se révélera hélas bien molle. Le chant de Bono a beau se vouloir rebelle et accrocheur, la sauce ne prend pas, dommage. Le groupe va heureusement largement se rattraper par la suite, mais patience …

Bono enchaîne avec « Raised by wolves », qui vient là encore faire résonance aux récents événements. En l’occurrence, sur l’écran l’animation illustre le thème de la chanson et décrit les attentats meurtriers ayant secoué l’Irlande dans les années 70, auxquels le chanteur a tristement assisté. Le morceau est entraînant, Bono est habité et son chant est épique. Une réussite.

Bono et The EdgeVient ensuite le premier morceau de l’album culte Achtung Baby, « Until the end of the world ». On est en terrain connu, et on a le droit au classique duel scénique Bono / The Edge. Je suis pas spécialement fan de ce morceau habituellement, car il a beaucoup été joué lors des précédentes tournées. Cependant, je le trouve cette fois assez efficace, et y porte plus d’intérêt qu’à l’accoutumée. Le groupe disparaît sous les applaudissements, et le premier break de la soirée s’annonce.

Give me one last dance, you’ll be satisfied

Seul l’écran géant reste allumé, diffusant de nombreux messages rappelant le Zoo TV, le tout sur un remix plutôt agréable de « The fly ». En coulisses se prépare secrètement ce qui va s’avérer être (pour moi) le point culminant de la soirée, rappelant dignement les plus grandes heures de U2.

Le riff d’intro du récent single « Invisible » se fait alors entendre, et le morceau va tout emporter dans son sillage ! Le groupe au complet apparaît en bulles incrustées dans l’écran, dans un savoureux montage d’une ingéniosité sans faille. Le rendu est phénoménal, et le titre fait l’unanimité.

Les irlandais ne faiblissent pas, et enchaînent avec un « Even better than the real thing » survitaminé ! Là encore, les effets scéniques sont une totale réussite, et remportent l’adhésion.

–> Voir prestation du 15/05 (Invisible + Real thing)

Le groupe réapparaît alors à l’autre bout de la salle, sur une seconde scène quasi-identique à la principale, permettant ainsi au public du fond de profiter lui aussi de leur proximité. The Edge lance « Mysterious ways », et Bono fait monter une spectatrice sur scène, pour son plus grand bonheur. Danse langoureuse, selfies, câlins : elle est aux anges. Anecdote amusante : c’est le moment qui a été choisi pour se connecter sur l’écran via réseau social avec les fans de la France entière. On a ainsi pu apercevoir pendant quelques secondes un tweet « mais c’est quoi ce thon ??? », supprimé immédiatement (je précise que je ne suis pas d’accord, car la jeune femme était charmante, mais cela m’a fait rire …).

Les irlandais clôtureront le tout avec un « Elevation » endiablé, où Bono prouve qu’il est toujours capable de faire sauter une salle entière. Même si je n’ai jamais boudé ce titre sympathique, j’estime qu’il a souvent fait pâle figure à côté de son grand frère « Vertigo ». Une fois n’est pas coutume, il l’aura largement surpassé ce soir : une heureuse surprise.

L’hommage à Mandela

Le leader décide alors de calmer le jeu, et de laisser place à l’émotion : c’est l’heure du traditionnel set acoustique. Le groupe livre une version épurée du récent « Ordinary love », dédié à Nelson Mandela. Une belle mise en jambes qui amène le morceau suivant, « Every breaking wave ». The Edge est au piano, la puissance et la fragilité de la voix de Bono prennent aux tripes, et la salle entière est suspendue à son chant en silence. Tout simplement superbe !

Le set acoustique se clôture sur un titre rarement joué en live, « October », issu du second album du groupe. Une curiosité intéressante, mais qui néanmoins aurait pu rester dispensable. Le film déroulant au même moment sur l’écran est cependant assez poétique.

Vorsprung dutch tecknik

Passé ce moment d’émotion, U2 va redevenir rageur et engagé. Le groupe quitte la scène secondaire pour revenir sur la principale. The Edge lance alors à grand renfort de décibels le riff culte de « Bullet the blue sky », et la salle se réveille instantanément. Les écrans montrent une ville Syrienne entièrement dévastée par les bombes, les images font littéralement froid dans le dos !

bono sur scèneBono est au sommet de son art : armé d’un mégaphone, il vocifère avec colère, fustigeant le trafic d’armes et les conflits militaires. Comme à l’accoutumée, la seconde partie du morceau est épique, que ce soit par le solo de guitare ou le chant parlé du leader. Ils ont l’air de prendre un réel plaisir sur ce titre, et n’hésitent pas à l’étirer à leur guise (plus long que d’habitude me semble-t-il, mais tant mieux).

Je mets un peu de temps à reconnaître le morceau suivant, car l’arrangement est totalement différent de l’original. Au bout de quelques secondes, je reconnais « Zooropa », et je me mets à hurler de joie. De mémoire, ils ne l’avaient jamais jouée en live. Version calme, mais intéressante.

In the name of love

Il est alors temps de lancer le bouquet final, l’artillerie lourde habituelle est déployée. Le riff de « Where the streets have no name » retentit, la salle s’allume et s’enflamme, le public saute. Le titre est toujours aussi efficace en live, même si je l’ai préféré sur certaines tournées précédentes (Elevation tour par exemple).

U2 accorhotels arenaLe groupe vient ensuite rattraper le raté de « Sunday Bloody Sunday » en interprétant le classique « Pride (In the name of love) ». J’ai souvent pensé qu’on l’avait trop entendue, mais dans le contexte des attentats, elle a une saveur de liberté particulièrement agréable et salvatrice, et la ferveur qu’elle suscite dans le public réchauffe le cœur. Au final, je n’ai jamais été aussi heureux de l’entendre.

Enfin, « With or without you » vient clôturer le spectacle. J’en étais usé, lassé, et je trouvais que U2 ne savait plus l’interpréter, on sentait qu’ils s’ennuyaient ferme et la jouaient par obligation. Ils me font encore mentir, leur version de ce soir est admirable, et probablement la meilleure que j’ai entendue en live depuis le Popmart tour. J’applaudis à n’en plus finir, le groupe salue, la lumière s’éteint … fin de la première partie, je suis heureux, good job boys !

You look so beautiful tonight

C’est l’heure du rappel : la scène principale se rallume : le reste du show va se dérouler dessus, on revient en configuration traditionnelle de concert. Le groupe joue « City of blinding lights ». Les écrans montrent les effets de lumière traditionnels sur une ville la nuit, sauf que cette fois, ils ont filmé les toits de Paris spécialement pour l’occasion. Toujours aussi entraînante, elle tient parfaitement son rôle de premier rappel et relance l’ambiance immédiatement.

hommage attentats paris par U2On va ensuite à nouveau revenir sur les attentats. Après un nouveau speech, Bono se lance dans une reprise a capella de « Ne me quitte pas » de Jacques Brel. Pendant ce temps, l’écran revêt les couleurs bleu blanc rouge, et les noms des victimes des attentats se mettent à défiler. Lourd moment d’émotion dans la salle. La foule acclame Bono et le remercie chaleureusement.

Le groupe enchaîne avec « Beautiful day », et me confirme que je n’ai jamais vraiment été fan de cette chanson, je ne comprendrai jamais pourquoi ils la jouent autant. Les briquets et téléphones vont ensuite s’allumer pour « One », qui va solliciter la participation du public : Bono s’offre en effet le luxe de ne pas chanter avant le troisième couplet, et laisse les fans faire le job (ils suivent d’ailleurs avec grand plaisir). Le morceau se révèle sympathique, mais néanmoins classique, et un peu paresseux.

beautiful dayEt puis enfin, enfin, le miracle que j’attends en vain depuis bientôt 20 ans va se produire ! U2 joue le tube phare « Bad », ma chanson préférée ! Il aura fallu 8 concerts pour que je l’entende enfin, preuve que Bono est décidément sûr de sa voix ce soir. Le morceau s’envole, la guitare de The Edge hurle, la voix de Bono montre là encore toute sa puissance et sa démesure. Je suis comblé, la salle également !

Cerise sur le gâteau, une invitée surprise vient de rejoindre le groupe sur scène pour le final de la chanson : Patti Smith ! Ovation du public … Bon, honnêtement, je me dois d’avouer qu’elle est assez marquée et qu’elle était visiblement en état d’ébriété avancé, néanmoins, elle a assuré le show en grande professionnelle. Le concert se conclura justement sur une reprise d’un de ses tubes, « People have the power ». La communion entre les deux chanteurs est évidente, l’alchimie fonctionne, le public est conquis.

–> Voir prestation du 6/12, People have the power

Le groupe salue sous les ovations, Bono lance un « A demain ! » et sort de scène, la salle se rallume. Le concert aura duré 2h35, et aura été un des plus longs de la tournée … Je me fais d’ailleurs la réflexion que Bono n’a pas joué de guitare une seule fois (conséquences de son accident de vélo à New York), et que ça ne m’a absolument pas manqué. Avec cette performance admirable, U2 vient encore de remporter l’affaire, et réaffirme qu’il entend bien rester le meilleur groupe du monde. Et je leur donne entièrement raison !
panorama accorhotels arena

Setlist Paris 06/12/15

01- The Miracle (of Joey Ramone)
02- Out of control
03- Vertigo
04- I will follow
05- Iris (Hold me close)
06- Cedarwood road
07- Song for someone
08- Sunday Bloody Sunday
09- Raised by wolves
10- Until the end of the world
11- The Fly (remix)
12- Invisible
13- Even better than the real thing
14- Mysterious ways
15- Elevation
16- Ordinary love
17- Every breaking wave
18- October
19- Bullet the blue sky
20- Zooropa
21- Where the streets have no name
22- Pride (in the name of love)
23- With or without you

Rappel

24- City of blinding lights (snippet « Ne me quitte pas »)
25- Beautiful day
26- One
27- Bad (avec Patti Smith)
28- People have the power (avec Patti Smith)

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